Moi, ma vie, mon œuvre, ma candidature à la Présidentielle, mes trois passages à l’Eurovision et ma liaison avec Bernie Sanders.

Né bourgeoisement à Senlis, « petit Paris » – comme disait ma mère – isolé en plein cœur de la Picardie, je n’y mettrai les pieds qu’à trois reprises dans mon existence. La première en ce jour béni qui me vit naitre, la seconde pour rendre visite à une amie de ma mère que je détestais et la troisième pour une balade dominicale. Mon enfance, je l’ai passée (très globalement) dans trois plus petites bourgades picardes : d’abord Pont-Sainte-Maxence où je n’ai pas appris grand-chose si ce n’est à étaler de la peinture avec mes doigts sur des feuilles de papier à photocopieuses, puis Fleurine, un paradis pour les retraités où je ne resterai que quelques mois (même pas le temps de me scolariser une année complète) et enfin Clermont-de-l’Oise, un endroit charmant où j’ai appris que la vie était pénible et les gens… – hum… – On ne va pas en parler ici (rassurez-vous, je ne vais pas leur faire de cadeaux dans le futur).

À 18 ans, le bac en poche (brillamment) après des années d’échec scolaire, je sens que rien ne peut m’arrêter et que je vais peut-être changer le monde à moi tout seul. Du coup, je me plante, j’abandonne et je déprime comme un gros sac. L’année suivante, c’est décidé : je pars à Paris et je recommence. Je me plante encore mais je reste à Paris.

J’ai alors 19 ans et (perdu pour perdu) je décide d’y aller au culot et de candidater pour devenir journaliste sans aucune référence. J’y arrive… et je deviens chargé de vente, de communication et de pas mal d’autres petites choses mais en tant que stagiaire. C’est pas plus mal. Au fur et à mesure que les jours s’égrènent et que les tableaux Excel se remplissent, je commence à écrire quelques articles et les gens autour de moi se disent rapidement que ce serait con de ne pas me laisser les publier. C’est ainsi que j’obtiens ma première interview. Déjà une histoire sur un scandale transphobe (certains disent que je cherche les emmerdes mais personnellement je crois que je les attire).

En seulement trois jours, on me propose un job de rédacteur… peut-être… dans trois mois. Pas peu fier, j’annonce la nouvelle à ma mère qui trouve que c’est un peu précipité et son esprit a énormément de mal à assimiler comment j’ai pu y arriver en si peu de temps avec un CV long comme les petits papiers qu’on trouve dans les gâteaux asiatiques… alors que dans son patelin, ça fait un demi-siècle que le quart de la population cherche un job en intérim.

Peu importe : trois mois plus tard (les trois mois les plus longs de ma vie) j’ai le boulot et je commence rapidement à écrire pour les huit magazines de la marque (c’est dit très simplement pour obtenir un plus haut degré de compréhension). Mon skill et mon efficacité en terme de rédaction se développent rapidement et je me retrouve par je ne sais quel maléfice à écrire des guides touristiques. C’est environ à cette période que je suis chargé de la rubrique littéraire du principal magazine de la marque. Je ne suis pas un lecteur chevronné (même si j’aime bien me faire un petit Stephen King au coin du feu de temps en temps) mais je relève le défi. Et là, vous devez vous poser la question :

« MAIS VICTORIEN, VOYONS, TOUT CELA N’A RIEN À VOIR AVEC L’ART ! COMMENT AS-TU DÉCIDÉ DE DEVENIR ARTISTE ? »

Mais j’y viens justement, chers lecteurs ! Parce-que c’est cette rubrique littéraire qui a tout changé ! Après quelques numéros, honnêtement, je commençais à me lasser. C’est vrai que répéter tous les deux mois la même formule n’est pas toujours très satisfaisant. Alors je piochais des livres un peu au hasard sur le site d’une célèbre librairie du Marais quand je suis tombé sur un ouvrage qui se trouvait justement dans la pile de mon rédacteur en chef. Sautant sur l’occasion, je m’en empare (au risque de faire tomber les autres sur l’intéressé) et suis tout-de-suite impressionné par la couverture.

« Marc Kiska – Les Vestiges d’Alice. »

Intrigué, je lui consacre une colonne et je suis surpris de constater, quelques mois post-publication, que l’auteur vient de la découvrir et me couvre de louanges. Très touché, je décide de lui écrire un authentique article consacré cette fois à son livre de photographies « Outlandish /Room/ ». Ce très cher Marc, me couvre alors de câlins virtuels et nous-nous rencontrons finalement totalement par hasard en octobre 2018 dans une remise de prix littéraire. Au fond du trou après un mois d’intense déprime, je refuse cordialement son invitation à venir boire un verre avec ses amis. Emmanuel Barrouyer, un autre GRAND AMI insiste. J’accepte.

LA RÉVÉLATION, LES AMIS ! Me retrouvant entouré d’artistes dans leur tanière, un bar Queer rue des Souffleurs (le bar porte également le nom de la rue), je vide trois pichets de Planteur (rhum – jus d’orange) alors que je n’avais jamais bu de ma vie (« c’est pas mauvais ») et finis – par les miracles de l’alcool – pleurant sur l’épaule du mari de Marc après lui avoir parlé de mon enfance (je m’excuse encore pour ce grand moment de gêne). Je rentre finalement chez moi, titubant, après une excellente soirée et je n’ai à ce jour toujours pas écouté le mystérieux « MOI-BOURRÉ-N1.mp3 », un enregistrement long de 45 minutes dans mon iPhone. Enfin passons.

Marc, m’ayant invité, parvient à me faire sortir de chez moi le lendemain pour aller prendre un verre dans le petit appart qu’il occupe les quelques fois où il revient en France. Conscient de mon ridicule de la veille, je me promet que je ne rentrerai pas bourré ce soir-là. Promesse évidemment pas tenue. Enfin bref, je vous passe les détails de cette soirée absolument phénoménale qui se termine on ne sait trop comment dans un bar à minets à 6 heures du matin. Conscient que je ne reverrai pas l’équipe avant un long moment, chacun a le droit à son gros câlin et je finis par partir, stoïque, désemparé…

C’est ce départ qui m’a incité à me rapprocher des autres artistes, à parler avec eux, à les interviewer. J’ai même pris le temps de regarder des vidéos d’histoire de l’art de peintures, de photographie, de sculptures, de dessin… Et c’est au fil de ces rencontres, de ces recherches que j’ai retrouvé au fond de moi ce qui avait toujours été là mais que je m’étais résolu à oublier. Je ne me souvenais pas qu’étant enfant et ado je voulais devenir artiste. Non vraiment, c’était sorti de ma mémoire, comme effacé. Tout ce dont je me souvenais, c’était de cette phrase prononcée par je ne sais plus qui : « artiste, ça n’est pas un métier ».

Et pendant longtemps, c’est ce que j’ai cru. Bien décidé, à rétablir l’équilibre dans la force, je me lance, tout balbutiant, dans des prises de vues médiocres avec un Reflex Canon d’amateur pourvu d’un objectif en kit. Conscient que ce que je fais est totalement nul, j’investis dans un Reflex Canon Pro, un 77D muni d’un objectif faisant le taff pour mon niveau grand débutant. Puis vient ma première série. Plus un essai qu’une visée artistique, il m’a permis de me rendre compte que oui, c’était possible et que je pouvais le faire. À ce moment là, toutes mes photos sont retouchées sur un petit logiciel sur iPhone, ceci expliquant leur couleur hideuse. Heureusement, après la troisième série, je finis par me mettre à photoshop pour un rendu plutôt sympatoche. Dans la foulée, j’apprends à me servir de mon appareil et à prendre des photos en mode manuel.

Mais n’allons pas trop vite parce-que tout ça s’est fait en quatre mois. Il y a eu pas mal de choses entre temps. Par exemple, à la fin de l’année 2018, je me suis mis à la peinture et au dessin. Conscient de mon petit niveau, je me suis alors mis à regarder des tutos sur le web et je peux vous annoncer que ça marche. Hé oui, je progresse ! Égrainant mes œuvres sans prétention sur la toile, je suis finalement repéré par le collectif d’Emmanuel, Balaclava.Q et son directeur Stephen Kelly (avec une petite interview chacun, d’ailleurs) qui me proposent de les rejoindre. Bon… À l’heure où j’écris ces lignes, Stephen attend toujours que je lui envoie THE MASTERPIECE qui validera mon appartenance au collectif mais bon, j’ai déjà ma petite idée en tête et ça ne devrait plus tarder. C’est à ce moment précis que j’ai pris conscience de mon potentiel. Alors j’ai décidé de continuer.

Bon oui, c’est vrai, je suis journaliste de métier maintenant mais bon… On va dire que je serai à la fois journaliste et artiste, comme ça tout le monde sera content (je suis bien YouTubeur à la retraite). Du coup, vous savez comment ça se passe… Parcousup, concours, tout ça… Je n’en dis pas plus pour l’instant mais j’imagine que vous allez devoir me supporter artistiquement pendant encore un long moment (désolé).

Victorien Biet,
« Jeune homme prometteur » (c’est comme ça qu’on m’appelle dans les soirées mondaines).

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